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- Un soir à Saint Malo -
Prose dite par Jean Pierre CAILLY

Ils étaient assis sur les remparts ; derrière eux, Saint Malo tailladait à grands coups de toits noirs un ciel de moire grise ; un soleil de sang frais était posé sur l’eau.

Lui, mordait dans un harmonica et mâchonnait une chanson, où il était question de départ et de retour ; elle, balançait ses jambes au dessus de la mer, et dédiait aux vagues l’attente savamment vague de son visage aigu.

Mais comme la fin du jour trop certaine rendait toute attente incertaine d’obtenir un lendemain, la fille jeta soudain l’ancre de sa main vers le garçon atteint par le flux lent de l’ombre, et ses jambes immobiles opposèrent leur frein au courant du temps qui leur offrit l’illusion d’une étale.

L’harmonica se tut......quand la chanson morte ressuscita son chant. Un chant aussi bas que le premier soupir de l’océan heureux, aussi pur que le premier cri dont le souffle hésitant sentait encore l’argile, et soudain, aussi sûr d’éveiller la réponse d’un cri identique il jaillit, triomphant, ébloui de relier la vie à la vie, l’unité à l’infini, l’éphémère à l’éternité.

Mais elle n’attendait que l’amour des chansons d’amour, celui dont tout le monde sait les paroles, celui qui dit aux filles qu’elles sont belles, ce lui qui dit en clair « je t’aime », et où il n’est question que de toujours qui durent une saison ou bien une semaine……et ses jambes impatientes commencèrent une danse qui piétinait ce chant qui ne voulait rien dire, et, comme il ne voulait pas se taire non plus, elle se leva d’un bond.
Et le fil cassa net.
Le garçon était assis sur les remparts, plus sombre que la nuit qui gommait Saint Malo, et seul, le va-et-vient d’une étincelle vive attestait que là-haut, quelqu’un raccommodait à petit coup de musique-aiguille un sempiternel accroc
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Texte de Gabrielle Martin -

illustration © Zdena Bocarova 2000
Quelques photos